Bataille de l’eau publique …

La gestion publique de l’eau fait-elle encore recette à l’approche des municipales ?

Régie publique vs délégation de service public à un ou des prestataires privés : plusieurs options s’offrent aux futurs élus municipaux ou communautaires, et donc candidats aux élections municipales, pour assumer au mieux leurs compétences en matière d’eau et d’assainissement. Le mandat 2020-2026 a été particulièrement favorable au passage en gestion publique, avec des exemples emblématiques, de Bordeaux à Lyon. Mais à la veille des élections municipales et communautaires 2026, les modes de gestion de l’eau attisent-ils toujours autant les débats ? Eléments de réponses.
L’eau, et en particulier son mode de gestion – privé ou public –, agite-t-elle en ce début d’année 2026 les débats des élections municipales ? Lors du scrutin précédent, la remunicipalisation et le retour en régie avaient fait l’objet de nombreuses promesses de campagnes. Promesses tenues pour la plupart, avec notamment deux métropoles importantes passées en gestion publique : Lyon et Bordeaux.
Selon les derniers chiffres de l’observatoire des services publics d’eau et d’assainissement, datés de 2023, la part de gestion publique est en augmentation constante : 63 % pour l’assainissement collectif et 48 % pour l’eau potable (en population desservie). Sur le mandat 2020-2026, c’est sûrement en Île-de-France que le sujet a le plus mobilisé, suivant l’exemple de la régie Eau de Paris, créée en 2009.

De nouvelles régies en Île-de-France

Ainsi, l’établissement public territorial Est Ensemble (9 communes, 447 000 habitants) est sorti du syndicat des eaux d’Île-de-France (SEDIF) et a créé sa propre régie, Eau publique par Est Ensemble, au 1er janvier 2024. De son côté l’établissement public territorial Grand Orly Seine Bièvre (24 communes, 725 000 hab.) a créé deux régies sous ce mandat : Eau Seine & Bièvre, qui regroupe 11 communes sorties du SEDIF et 420 000 habitants, et Eau Seine & Orge, qui regroupe 4 communes et 78 000 habitants. Plus au Sud, dans l’Essonne et la Seine-et-Marne, la régie de l’eau Grand Paris Sud est passée de 6 à 23 villes et dessert dorénavant près de 400 000 habitants.
Plus récemment, dans le nord de la région-capitale, l’agglomération de Cergy-Pontoise (13 communes, 217 000 habitants) a signé en novembre l’acte de naissance d’une société publique locale (SPL), nommée les Eaux de la Confluence. Elle sera officiellement créée en février prochain. L’objectif est de reprendre la gestion de l’eau au 1er janvier 2027, à l’issue du contrat de délégation de service public signée avec une filiale de Veolia. « Notre association appelle les candidats aux élections municipales à faire entrer l’eau dans leurs priorités : le passage en gestion publique, bien sûr, mais aussi la démocratisation de sa gouvernance, les enjeux de qualité, de tarification, la place de l’eau dans la ville », exhorte Jean-Claude Oliva, directeur de la Coordination Eau Île-de-France et vice-président d’Est Ensemble, chargé de l’eau et de l’assainissement.

Pas de lame de fond, mais une montée inéluctable

Pourtant, pour l’instant, le sujet ne semble pas trouver place au cœur des programmes des candidats. « Nous ne voyons pas arriver de lame de fond de remunicipalisation. S’il y a 10 ans, le sujet du prix de l’eau et son mode de gestion était important, aujourd’hui le principal est d’avoir de l’eau en quantité suffisante et de bonne qualité » affirme Régis Banquet, vice-président en charge de l’eau à Intercommunalités de France.
Cependant, c’est peut-être bien l’une des dernières fois où l’eau ne s’impose pas comme la priorité des élections. « L’eau doit être une politique publique à part entière, et pas seulement un service technique. La FNSEA a d’ailleurs annoncé qu’elle souhaite que l’eau soit un sujet de la campagne présidentielle. C’est donc probablement la dernière élection municipale où l’eau est encore un sujet majoritairement technique. Ensuite, la notion de partage et de solidarité vont devenir de vrais enjeux pour les prochaines échéances » affirme Nicolas Pujos, responsable de la coordination du réseau France Eau publique (FEP).

Après Paris, Lyon et Bordeaux en égéries

Si ces politiques de remunicipalisation restent plus souvent portées par la gauche, des collectivités de droite commencent, elles aussi, à choisir un mode de gestion publique. C’est le cas à Nice, mais pas uniquement. « La ville de Troyes a aussi choisi de transférer sa compétence eau potable au syndicat des eaux de l’Aube, doté d’une régie. Ces élus sont très pragmatiques et ont vu que c’était la meilleure solution pour assurer ce service. D’autant plus qu’avec l’absorption de Suez par Veolia, le nombre de réponses aux appels d’offres diminue et suscite des interrogations concernant la mise en concurrence », analyse le responsable de la FEP.
Lorsque des équipes de campagne et des partis politiques présentent de vrais projets politiques de reprise en main de la gestion de l’eau, comme cela a été le cas à Bordeaux et à Lyon en 2020 sous l’impulsion des têtes-de-listes Ecologistes, la campagne des municipales se trouve être un moment propice pour en discuter. Une telle promesse s’inscrivant sur le temps-long demande, en effet, de l’anticipation et beaucoup de doigté. Créée en janvier 2023, la régie de l’eau de Bordeaux métropole dessert 800 000 habitants. Elle vient de s’élargir à l’assainissement collectif et aux eaux pluviales urbaines au 1er janvier dernier.
Eau du Grand Lyon (58 communes, 1,4 millions d’hab.) a été crée à la même date. « Aujourd’hui, la réussite de cette régie fait partie des résultats probants du mandat actuel, assure Anne Grosperrin, vice-présidente en charge de l’eau à Lyon Métropole. Certes, la plupart des habitants méconnaissent les enjeux et problématiques auxquels les collectivités font face aujourd’hui et seront confrontées demain, en termes de raréfaction de la ressource, de traitement des pollutions, l’impact sur la tarification. A nous, élus en charge de l’eau, de trouver des leviers permettant aux têtes-de-listes d’appréhender au mieux ces enjeux et porter publiquement ces sujets dans leurs discours et programmes, sans que cela ne leur nuise. » Fort à parier que, au moins localement, ce sera un point fort mis en avant dans la campagne des municipales… comme des élections métropolitaines, donc.

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